À partir du 1er octobre 2026, l'Assurance Maladie prend en charge une partie du coût des protections périodiques réutilisables achetées en pharmacie.
Coupes menstruelles et culottes menstruelles entrent ainsi dans le champ du remboursement, une première en France pour ce type de produits.
Ce dispositif, encadré par un décret publié en avril 2026, cible en priorité les jeunes de moins de 26 ans et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S).
Voici ce qui change concrètement, qui peut en profiter et comment se procurer un produit remboursé.
Un remboursement inédit pour les protections menstruelles réutilisables
Jusqu'à présent, aucune protection périodique n'était prise en charge par l'Assurance Maladie, qu'il s'agisse de tampons, de serviettes hygiéniques classiques ou de produits réutilisables.
Le décret n° 2026-288 du 17 avril 2026, pris en application de l'article L. 162-59 du code de la sécurité sociale, change la donne pour deux catégories de produits : les coupes menstruelles et les culottes menstruelles.
Le principe d'une prise en charge des protections réutilisables figurait déjà dans la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2024, promulguée fin décembre 2023, qui envisageait un dispositif plus large incluant potentiellement les serviettes lavables et les disques menstruels.
Le décret d'application publié en avril 2026 a finalement restreint le périmètre initial aux coupes et aux culottes, jugées prioritaires par les pouvoirs publics, sans exclure une extension future à d'autres produits.
Cette mesure s'inscrit dans une politique plus large de lutte contre la précarité menstruelle.
Selon le baromètre 2026 « Hygiène et précarité en France », réalisé par l'Ifop pour l'association Dons Solidaires, environ 1,7 million de femmes seraient concernées en France par la précarité menstruelle, et 27 % des femmes interrogées déclarent avoir déjà manqué de protections périodiques pour elles-mêmes ou pour leurs filles faute de moyens financiers.
Au total, la réforme est présentée comme susceptible de concerner potentiellement plusieurs millions de personnes éligibles au titre de l'âge ou de la C2S.
Qui peut bénéficier de ce remboursement ?
Le dispositif cible deux publics distincts, avec des règles de prise en charge différentes selon la situation.
Les personnes de moins de 26 ans
Toute personne assurée âgée de moins de 26 ans peut bénéficier du remboursement, sans condition de ressources.
Il suffit d'être affilié à l'Assurance Maladie et de présenter sa carte Vitale au moment de l'achat en pharmacie.
Cette condition d'âge s'apprécie au moment de l'achat du produit.
Les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S)
Les personnes bénéficiant de la C2S sont également éligibles, quel que soit leur âge.
Elles bénéficient en outre d'une prise en charge intégrale, sans avance de frais, grâce au mécanisme du tiers payant.
En dehors de ces deux catégories, le dispositif ne s'applique pas pour l'instant : les personnes de plus de 26 ans qui ne relèvent pas de la C2S doivent continuer à financer elles-mêmes leurs achats de protections réutilisables, sauf prise en charge partielle éventuelle par leur complémentaire santé, certaines mutuelles proposant déjà des forfaits dédiés aux protections hygiéniques dans leurs garanties.
Quels produits sont concernés ?
Le remboursement ne couvre, à ce stade, que deux catégories de produits réutilisables :
- Les coupes menstruelles (cups), dispositifs souples en silicone insérés dans le vagin ;
- Les culottes menstruelles, sous-vêtements absorbants et lavables.
Sont en revanche exclues du dispositif au 1er octobre 2026 les protections jetables (tampons, serviettes classiques) ainsi que les serviettes hygiéniques lavables et les disques menstruels, qui ne figurent pas dans le périmètre du décret actuel.
Pour ouvrir droit au remboursement, les produits doivent par ailleurs être référencés et distribués par le réseau des pharmacies d'officine : les achats réalisés en grande surface, en ligne sur des sites non partenaires ou auprès d'autres distributeurs ne sont pas concernés.
Quel est le montant du remboursement ?
Le taux de prise en charge et le reste à charge éventuel dépendent du profil du bénéficiaire :
- Pour les moins de 26 ans, l'Assurance Maladie rembourse entre 55 % et 65 % du tarif de référence fixé pour chaque produit ;
- Pour les bénéficiaires de la C2S, la prise en charge est de 100 %, dans la limite du tarif fixé, sans reste à charge.
Des prix limites de vente ont été fixés par arrêté : 19 euros TTC pour une culotte menstruelle et 15,80 euros TTC pour une coupe menstruelle.
Ces montants servent de base au calcul du remboursement.
Si un produit est vendu à un tarif supérieur à ce plafond, la différence reste à la charge de l'acheteur, sauf prise en charge complémentaire par une mutuelle.
Comment se procurer une protection remboursée en pharmacie ?
Contrairement à d'autres produits de santé, aucune ordonnance n'est nécessaire pour bénéficier de ce remboursement.
La démarche reste simple :
- Se rendre dans une pharmacie d'officine proposant des coupes ou culottes menstruelles référencées dans le dispositif ;
- Présenter sa carte Vitale à jour au moment du passage en caisse ;
- Pour les bénéficiaires de la C2S, le tiers payant s'applique directement, sans avance de frais, la pharmacie étant réglée par l'Assurance Maladie ;
- Pour les moins de 26 ans hors C2S, une avance des frais peut être nécessaire selon l'organisation de la pharmacie, avec un remboursement ultérieur visible sur le compte ameli.
Toutes les pharmacies ne proposeront pas nécessairement l'ensemble des références dès le lancement du dispositif au 1er octobre 2026.
La Fédération des Pharmaciens de France a d'ailleurs alerté le ministère de la Santé sur les délais de mise en œuvre logistique et l'approvisionnement des officines en produits référencés.
Il peut donc être utile d'appeler sa pharmacie habituelle au préalable pour vérifier la disponibilité, ou de comparer plusieurs officines via l'annuaire santé ou la carte interactive des professionnels de santé afin d'identifier celles situées à proximité.
Combien de produits peut-on obtenir, et à quelle fréquence ?
Le dispositif prévoit une limite de deux protections périodiques réutilisables par période de douze mois.
Cette période démarre à la date de la première délivrance remboursée et se renouvelle ensuite de date à date, et non selon l'année civile.
Les deux catégories de produits peuvent être combinées : il est par exemple possible d'obtenir une coupe menstruelle et une culotte menstruelle au cours de la même période de douze mois, dans la limite globale de deux produits.
Que faire si l'on n'est pas éligible au remboursement ?
Pour les personnes qui ne remplissent pas les conditions d'âge ou de C2S, plusieurs solutions existent déjà en dehors de ce nouveau dispositif :
- Certaines résidences universitaires du Crous, restaurants universitaires et services de santé étudiants sont équipés de distributeurs gratuits de protections périodiques depuis plusieurs années ;
- Des collectivités locales (départements, régions) déploient des distributeurs gratuits dans les collèges et lycées ;
- Certaines complémentaires santé incluent un forfait annuel dédié aux protections hygiéniques, réutilisables ou non, dans leurs garanties ;
- Des associations de lutte contre la précarité, comme Dons Solidaires ou les Règles Élémentaires, distribuent gratuitement des protections périodiques aux personnes en situation de précarité.
Un rendez-vous avec un professionnel de santé, comme un médecin généraliste ou une sage-femme, peut également être l'occasion d'échanger sur le choix d'une protection adaptée, sans que cela relève d'un conseil médical standardisé : chaque situation reste individuelle.
Pourquoi cette mesure a-t-elle été mise en place ?
Cette évolution répond à un double enjeu, sanitaire et social.
D'une part, la précarité menstruelle touche plusieurs millions de personnes en France : au-delà de l'inconfort, elle peut conduire certaines personnes à recourir à des solutions de fortune ou à s'absenter de l'école ou du travail faute de protections adaptées.
D'autre part, les protections réutilisables représentent un investissement initial plus élevé que les protections jetables, ce qui peut freiner leur adoption alors qu'elles s'avèrent, sur la durée, plus économiques et moins génératrices de déchets.
Le calendrier de mise en œuvre a par ailleurs été ajusté à plusieurs reprises : un lancement dès l'été 2026 avait un temps été évoqué, avant que la date du 1er octobre ne soit finalement retenue, le temps de finaliser les modalités pratiques avec les représentants des pharmaciens et les fabricants dont les produits doivent être référencés.
Ce qu'il faut retenir
- Le remboursement des coupes et culottes menstruelles entre en vigueur le 1er octobre 2026 ;
- Il concerne les personnes de moins de 26 ans (sans condition de ressources) et les bénéficiaires de la C2S (sans limite d'âge, prise en charge à 100 %) ;
- Le taux de remboursement va de 55 % à 100 % selon le profil, dans la limite d'un tarif plafond fixé par produit ;
- La limite est fixée à deux produits par période de douze mois, sans qu'une ordonnance soit nécessaire ;
- Seuls les achats effectués en pharmacie d'officine, sur des références conformes au dispositif, ouvrent droit au remboursement ;
- Les serviettes lavables, tampons, serviettes classiques et disques menstruels restent hors du champ du remboursement à ce stade.
Pour toute question sur l'organisation d'une pharmacie ou pour trouver un professionnel de santé à proximité, il est possible de consulter l'annuaire santé ou la carte des professionnels de santé disponibles près de chez soi.