Ce que l'ANSM a publié le 7 octobre 2026
L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a publié le 7 octobre 2026 son troisième rapport de pharmacovigilance sur les agonistes du récepteur du GLP-1, appelés aGLP-1.
Ce rapport s'appuie sur une enquête du réseau des centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) et couvre la période de février 2025 à janvier 2026.
Son titre résume les deux principaux constats : la persistance du mésusage, associé à des complications graves, et la mise en évidence d'un risque d'interactions médicamenteuses.
Quels médicaments sont concernés ?
Les aGLP-1 sont des médicaments injectables disponibles uniquement sur ordonnance.
Ils sont utilisés dans deux grandes situations.
Le diabète de type 2 insuffisamment contrôlé
- Trulicity (dulaglutide)
- Ozempic (sémaglutide)
- Victoza, Liraglutide SUN et Xultophy (liraglutide, associé à l'insuline dégludec pour Xultophy)
- Mounjaro (tirzépatide)
Le contrôle du poids, en deuxième intention
- Wegovy (sémaglutide)
- Mounjaro (tirzépatide)
- Saxenda (liraglutide)
Dans cette seconde indication, ils concernent l'adulte ayant un IMC supérieur ou égal à 30 kg/m², ou un IMC compris entre 27 et 30 kg/m² avec au moins une comorbidité (diabète, hypertension, dyslipidémie, maladie cardiovasculaire ou syndrome d'apnée du sommeil).
Les chiffres clés du rapport
- Plus de 840 000 patients ont été traités en France sur la période étudiée.
- 2 801 cas d'effets indésirables ont été signalés, dont 515 graves.
- Un tiers des cas concerne le diabète de type 2, un tiers le contrôle du poids ; le reste relève d'indications non renseignées ou non autorisées.
- Pour le mésusage dans un but de perte de poids : 36 signalements, dont 17 graves, surtout chez des personnes jeunes.
Selon l'ANSM, dans deux cas sur trois, le médicament provenait de circuits non officiels (internet, entourage, étranger).
Dans plus de neuf cas sur dix, les doses étaient trop élevées ou augmentées trop rapidement.
Parmi les cas graves liés au mésusage, cinq sont des pancréatites aiguës.
Les principaux constats
Des effets digestifs toujours les plus fréquents
Nausées, vomissements, diarrhées et douleurs abdominales restent les effets les plus rapportés.
Ils peuvent parfois conduire à une hospitalisation.
La pancréatite, plus grave, est un effet connu qui figure dans les notices ; deux cas pourraient avoir entraîné un décès.
Des carences et situations de malnutrition ont également été signalées de nouveau.
Un risque d'interactions médicamenteuses
Le rapport met en évidence un risque d'interactions avec des médicaments à marge thérapeutique étroite, dont la dose doit être ajustée avec précision, comme certains anticoagulants.
Chez les patients diabétiques traités par metformine, les aGLP-1 pourraient augmenter le risque d'acidose lactique, surtout en cas de déshydratation liée à des vomissements.
Deux décès déclarés pourraient relever de ce mécanisme.
Des signaux sous surveillance renforcée
Plusieurs signaux font l'objet d'une évaluation nationale et européenne :
- atteintes oculaires (aggravation de rétinopathie diabétique, atteintes du nerf optique) ;
- infections ou inflammations de la vésicule biliaire ;
- atteintes hépatiques ;
- accidents vasculaires cérébraux (AVC) et accidents ischémiques transitoires ;
- troubles de l'érection.
L'Agence européenne des médicaments évalue par ailleurs un possible risque de baisse d'efficacité des contraceptifs, après des déclarations de grossesses non désirées, dont une en France.
Les rappels de l'ANSM
Pour les patients
- Ne pas utiliser les aGLP-1 sans prescription ni en dehors d'une pharmacie, et ne jamais les acheter sur internet.
- Respecter les doses et la progression de dose prescrites.
- Arrêter le traitement dès qu'une grossesse est connue : la prise pendant la grossesse n'est pas recommandée.
Pour les professionnels de santé
- Informer le patient des symptômes caractéristiques de la pancréatite aiguë.
- Assurer un suivi régulier afin de repérer précocement les signes d'effets graves.
- Surveiller les interactions tout au long du suivi, notamment avec les médicaments à marge thérapeutique étroite et la metformine.
- Prendre en charge les carences nutritionnelles selon les recommandations des centres spécialisés dans l'obésité.
Un rapport bénéfice/risque qui reste favorable
L'ANSM conclut que le rapport bénéfice/risque reste favorable lorsque ces médicaments sont utilisés conformément aux recommandations, et poursuit sa surveillance renforcée.
Le rapport ne traite pas des conditions de remboursement.
Ce que cela change concrètement
Cette publication n'introduit pas de nouvelle règle de prescription : elle rappelle le cadre existant (ordonnance, délivrance en pharmacie, suivi médical) et alerte sur les dérives observées hors de ce cadre.
Pour toute question sur un traitement en cours, il convient de s'adresser à son médecin ou à son pharmacien, seuls habilités à adapter un traitement.
Pour trouver un professionnel de santé près de chez vous, vous pouvez consulter notre annuaire ou la carte des professionnels.
À retenir
- Le 3e rapport de l'ANSM sur les aGLP-1 a été publié le 7 octobre 2026.
- Plus de 840 000 patients traités, 2 801 effets indésirables déclarés dont 515 graves.
- Le mésusage persiste, souvent avec des produits issus de circuits non officiels.
- Un risque d'interactions médicamenteuses est mis en évidence.
- Les aGLP-1 ne doivent être utilisés que sur ordonnance, avec un suivi médical.